L’analyse de contenu : comment construire un rapport riche, précis et pertinent

Vous hésitez sur la manière d’aborder vos analyses de données textuelles ? Certaines méthodes invitent à sélectionner des citations ou des extraits de verbatim, ou à dénombrer les mots utilisés en mobilisant les ressources de la statistique lexicale. Une méthode rigoureuse et riche est l’analyse de contenu. Elle consiste à prendre connaissance de tout le corpus pour repérer ce qui a été dit, à le noter, et à rendre compte de manière quantitative des idées clés ou des thèmes qui y sont développés.

Pour cela, la première étape consiste à élaborer une « grille thématique », décrivant les faits, idées, opinions... que l’on s’attend à trouver, et à concevoir un « code book », sorte de questionnaire sur le texte servant à noter la présence des thèmes dans la réponse ou le fragment de texte considéré. Le travail d’analyse consiste ensuite à lire le texte en isolant les passages significatifs pour l’étude et en notant les thèmes qu’ils contiennent. Enfin, il s’agira de s’intéresser à la fréquence des thèmes et à la manière dont ils sont utilisés.

Elaboration de la grille thématique

La grille thématique permet d’établir la liste des contenus, faits, idées et opinions présents dans le texte, mais elle doit également rendre compte des connaissances de l’analyste sur ce qu’il s’attend à trouver dans le texte et les théories qui peuvent s’y appliquer.

Une bonne grille thématique est autant le reflet de ce qui est lu dans le texte que de ce qui est anticipé. Il ne s’agit pas de procéder uniquement à partir du texte en essayant de synthétiser et d’organiser ses contenus, mais aussi de partir de références externes au texte qui permettront peut-être de constater que telle idée est absente. Elle s’élabore ainsi progressivement de manière inductive (à partir du texte) et déductive (à partir des connaissances à priori) et peut se construire autour des 5 grands thèmes suivants :

  • Les objets
  • Les acteurs
  • Les actions
  • Les idées
  • La tonalité

Prenons comme exemple une étude sur le loto, thème qui se place dans un cadre économique. Nous cherchons à répertorier la nature de l’utilisation des gains, en définissant 3 catégories : jouissance, investissement,  et don.

Pour établir la grille thématique, nous distinguerions par exemple :

  • Pour les objets : biens de consommation, biens d’équipement, services, argent, éléments de la nature, personnes, éléments de la société.
  • Pour les actions : Jouir, Consommer, Epargner, Investir, Donner...
  • Pour les acteurs : des personnes liées à celui qui s'exprime tels que conjoint, parents, enfants, famille, amis, entourage, ou plus généralement les gens, l’humanité...

La difficulté consiste à trouver la bonne granularité dans l’énumération des éléments qui composent chaque thème : dans l’exemple ci-dessus il serait possible de différencier "jouir" et "consommer", "épargner" et "investir", ou de détailler davantage les différents objets… Mais en voulant ainsi rendre compte des particularités du texte, le risque est de perdre en clarté au moment des analyses.

Découpage du texte et identification des passages significatifs

Comme pour une lecture de texte, qui procéderait en soulignant des passages et en les annotant, il s’agit d’isoler des phrases, paragraphes ou extraits sélectionnés pour l’unité de leur contenu. Les réponses aux questions ouvertes dans les questionnaires ont en général cette unité.

Il n’en va pas de même pour les interviews non directives dans lesquelles le repérage des unités de sens s’effectue à la lecture, en sélectionnant les passages significatifs contenant au moins un élément de la grille thématique. Le découpage dépend du contenu et conditionne l’analyse statistique qui interviendra ensuite. Ainsi 2 interviews non directives peuvent conduire selon leur richesse à identifier un nombre plus ou moins grand de passages significatifs. D’un point de vue statistique, ils auront donc des poids différents dans la restitution d’une synthèse des thèmes. Bien identifier les passages significatifs est ainsi aussi important que de bien les interpréter en référence à la grille des thèmes.

La codification

Elle consiste à associer à chaque passage les éléments de la grille qu’il contient. La manière la plus simple est d’utiliser un « code book », formulaire qui permettra de cocher les thèmes présents dans le passage. Ce travail n’est pas toujours facile, dans la mesure où une connaissance précise du domaine est nécessaire, pour comprendre et interpréter correctement ce qui est dit ou écrit. Il est important également que les éléments de la grille aient été précisément définis afin de limiter les variations d’interprétation propres à la subjectivité du codeur.

Il est donc indispensable d’expliciter la grille et de former les codeurs. Ceux-ci ont pour règle de se limiter au sens strict et d’éviter toute surinterprétation en prêtant des intensions ou en tirant des conséquences non explicitement formulées dans le texte.

La pratique du double codage permet de repérer les divergences éventuelles et ainsi de garantir une meilleure objectivement.

Enfin il peut être intéressant de prévoir dans le code book la possibilité de recopier les passages les plus remarquables qui pourront ainsi être facilement retrouvés pour agrémenter le compte rendu.

Le compte rendu

Lorsque le travail de codification est terminé, la distribution statistique des éléments du code book s’effectue par les moyens classiques de l’analyse statistique :

  • Tris à plat pour repérer l’importance relative des différents éléments de la grille.
  •  Tris croisés pour mettre en évidence la manière dont les thèmes s’articulent les uns aux autres ou dépendent des caractéristiques identitaires des interviewés.

Ces mesures procurent plus d’objectivité à l’analyse et permettent de mener des investigations beaucoup plus approfondies et rigoureuses que les impressions dégagées par une simple lecture du texte.

 Bibliographie

  • « L'analyse de contenu », Laurence Bardin, 2007, Ed Puf.
  • « L'Analyse de Contenu - de la Theorie a la Pratique », M.-F. Grinschpoun, 20011
  • « L'analyse de contenu : De la théorie à la pratique, la méthode Morin-Chartier », Christian Leray et Lise Chartier, 2009, Presse de l’Université du Québec.
  • « L'analyse de contenu », Annick Bouillaguet et André-D Robert, 1998, Ed Que sais-je.

>>> Plus d'informations sur www.lesphinx.eu

Share and Enjoy:
  • Print
  • Digg
  • StumbleUpon
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Yahoo! Buzz
  • Twitter
  • Google Bookmarks

Une réflexion au sujet de « L’analyse de contenu : comment construire un rapport riche, précis et pertinent »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>