La mobilité en question : comparaison des résultats à une enquête web obtenus par l'intermédiaire de périphériques mobiles et d’ordinateurs


Avec la généralisation des smartphones et des tablettes équipés de navigateurs mobiles, la possibilité d’administrer des enquêtes mobiles a considérablement augmenté. Pour étudier l'effet possible de ce mode d’administration sur le comportement de réponse, les chercheurs hollandais Marika de Bruijne et Arnaud Wijnant ont comparé en 2013 les résultats à une même enquête, administrée comparativement sur périphériques mobiles et sur ordinateurs. Celle-ci porte sur la pratique elle-même des dispositifs mobiles et d’Internet.

Au sein d’un panel sélectionné de possesseurs de périphériques mobiles avec accès Internet, les utilisateurs se sont vus assignés de manière aléatoire les trois conditions d’enquêtes suivantes :

  • Groupe « Ordinateur » : questionnaire web traditionnel, avec consigne d’y répondre par ordinateur.
  • Groupe « Mobile » : questionnaire web optimisé pour le mobile, avec consigne d’y répondre via un mobile
  • Groupe « Hybride » : questionnaire web optimisé pour le mobile, avec la consigne d’y répondre par ordinateur

Une attention particulière est accordée au design du questionnaire web mobile, prenant en considération la petite taille de l'écran et les fonctionnalités typiques des écrans tactiles.

Lors de l’analyse des résultats, il apparaît tout d’abord de façon sensible que certains répondants ont ignoré la consigne les incitant à répondre à l'enquête selon l’un ou l’autre des modes prévus. Certains répondants en condition « Mobile » ont répondu via un ordinateur, et, à l’inverse, certains répondants en condition « Ordinateur » y ont répondu en utilisant un périphérique mobile, et principalement une tablette. L’étude pointe en cela que les chercheurs doivent prendre en considération que tous les répondants ne sont pas susceptibles de suivre les instructions données pour répondre au questionnaire, si des alternatives sont disponibles.

L’étude pointe surtout que le fait de répondre à l'enquête par l'intermédiaire des dispositifs mobiles - smartphones ou tablettes – ne conduit à aucune différence notoire de résultats par rapport au mode de réponse par ordinateur. Le comportement de réponse ne semble pas varier de manière significative en fonction du mode de réponse.

En revanche, le taux de réponse par l'intermédiaire du groupe « Mobile » s’est avéré inférieur à celui du groupe « Ordinateur ». Ceci est probablement en partie dû au fait que les répondants, sélectionnés au sein d’un panel habitué à être sollicité pour des enquêtes en ligne, sont habitués à répondre aux enquêtes par ordinateur et que l'invitation a été envoyée par email, le plus souvent lu sur un ordinateur. La grande majorité des répondants par mobiles ont répondu à l'enquête à la maison, et, là encore, ils étaient susceptibles d'être influencés par l’habitude de remplir une enquête par ordinateur. Il apparaît par conséquent que des enquêtes web mobiles conduites sur des échantillons de populations non habituées à répondre à des enquêtes et qu’une recherche sur l'effet des invitations à répondre via des canaux réservés aux mobile, tels que que les SMS, garantiraient une meilleure image de la promptitude de la  population globale à participer aux enquêtes mobiles.

Cette recherche montre également que les répondants du groupe « Mobile » ont évalué l'enquête comme étant plus longue que les répondants du groupe « Ordinateur ». Le temps objectif d'achèvement de l’enquête, comptabilisé grâce à des indicateurs horaires, concorde avec ces résultats. Ceci signifie que l'enquête mobile exige plus d'effort de la part du répondant, ce qui peut s’expliquer par la vitesse moins rapide de chargement des pages, par la connexion Internet plus lente, et par une plus grande difficulté de manipulation et d’ergonomie. Cependant, quand les répondants ont évalué le questionnaire sur des aspects tels que sa difficulté, sa clarté, et le plaisir à y répondre, le groupe « Mobile » n'a pas rapporté de différence significative de satisfaction par rapport au groupe « Ordinateur ». Comme cette évaluation n’a concerné que les répondants ayant rempli l’intégralité du questionnaire, une recherche complémentaire sur les motivations des non-répondants et sur les raisons de ne pas participer à une enquête mobile serait nécessaire.

Quand les répondants ont été interrogés sur le dispositif qu’ils emploient la plupart du temps pour accéder à Internet, le taux d’utilisation de l’Internet mobile s’est révélé beaucoup plus élevé parmi le groupe  « Mobile » . Mais lors du contrôle de ce résultat en répétant la question plus tard via un ordinateur, cette différence a disparu, montrant en cela que l’auto-évaluation de la pratique d’Internet mobile est sensiblement influencée par le mode utilisé lorsque l’on est interrogé sur ce point.

De manière générale, presque toutes les expériences menées sur les enquêtes Web mobiles soulignent les difficultés dues aux petites tailles des écrans. Cependant, les tailles moyennes d’écran augmentent et, comme une première recherche l’a démontré (Sweeney et Crestani, 2006), les textes courts sont plus efficaces non seulement sur de petits écrans mais sur toutes les tailles d'écran. En conséquence, quand la mise en forme du questionnaire est adaptée aux navigateurs mobiles et que la longueur du texte de la question est délibérément restreinte, aucune difficulté majeure n’a jamais été prouvée sur les dispositifs mobiles à cet égard. En fait, les problèmes posés par la capacité limitée d'écran des périphériques mobiles ont beaucoup en commun avec ceux des débuts de l'ère des enquêtes Web, quand les écrans d'ordinateur étaient de moins bonne qualité qu'aujourd'hui.

Cette recherche montre enfin que les enquêtes mobiles pointent d'autres nouveaux enjeux. Comme les résultats l’indiquent, les gens aiment choisir leur propre dispositif pour répondre à une enquête en ligne, celui-ci étant probablement corrélé au dispositif sur lequel ils lisent l'invitation. C’est pourquoi, de nos jours, limiter des enquêtes à un type unique de dispositif peut apparaître artificiel pour un internaute qui fonctionne à l’intuition. L’hétérogénéité des environnements technologiques des enquêtes en ligne continue à accroître, parallèlement au développement actuel de nouveaux équipements mobiles, de moins en moins faciles à distinguer les uns des autres. Ceci impose aux chercheurs de définir clairement l’objet et les conditions d’expériences de leur recherche, car cela devient également un véritable défi que de contrôler les conditions de réponse aux enquêtes en ligne dans les expériences hétérogène et multifactorielles du monde réel.  De nombreuses perspectives plus ciblées s’ouvrent par conséquent à la recherche pour décrire les relations entre l'utilisation du Web mobile en général et les processus de réponse aux enquêtes mobiles en particulier.

>>> Plus d'informations sur www.lesphinx.eu

Share and Enjoy:
  • Print
  • Digg
  • StumbleUpon
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Yahoo! Buzz
  • Twitter
  • Google Bookmarks

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>