Le satisficing comme indicateur de la non qualité des réponses

Le terme satisficing désigne le fait de répondre à un questionnaire avec un minimum d’effort par manque de motivation ou désintérêt, par lassitude ou impatience.

Cette pratique qui traduit le manque d’implication du répondant, se répercute sur la qualité de ses réponses. En effet, au lieu de parcourir toutes les possibilités de réponse et choisir celle qui reflète le plus sa position, le satisficer se contente de choisir la dernière modalité énoncée ou la première réponse acceptable d’une liste de choix possibles. Il peut également être enclin à acquiescer ou à répondre de la même façon aux questions échelles présentées sous forme de tableaux.

Voici trois des techniques utilisées pour détecter les satisficers, tirées de l’article de Lapeyre, Malas et Guiot (2015) [*] : le test de lecture des instructions, le test de l’item inversé, le temps de réponse global.

Le test de lecture des instructions

Ce test consiste à introduire un item du type « il est demandé de ne pas répondre à cette question », et que le répondant ne doit pas renseigner. Une réponse donnée à cet item indique une lecture superficielle des questions qui pourrait nuire à la qualité des réponses.

Figure 1 : Test de lecture des instructions (Lapeyre, Malas et Guiot, 2015)

Le test de l’item inversé

Ce test consiste à introduire dans le questionnaire deux items de formulation opposée pour mesurer une même idée (exp. le chocolat noir contribue à la prise de poids, le chocolat noir contribue à la perte de poids). Une réponse identique donnée aux deux formulations dénote d’un manque d’attention et par conséquent d’un satisficing.

Figure 2 : Test de l’item inversé (Lapeyre, Malas et Guiot, 2015)

Il est préconisé de placer ces tests dans la 2ème moitié du questionnaire lorsque les questions centrales de l’étude sont abordées. Il est toutefois déconseillé de les utiliser de façon répétitive dans un même questionnaire pour éviter d’agacer le répondant.

Le temps de réponse global

Ce test consiste à identifier le temps de réponse nécessaire à l’obtention d’un questionnaire fiable. Un répondant ayant consacré moins de temps au remplissage de son questionnaire pourrait en effet être considéré comme satisficer.

Il est à préciser que le temps minimum acceptable est estimé à partir de l’enquête pilote réalisée en amont de la campagne de collecte.

Pour finir, les trois tests présentés ci-dessus ne sont pas exclusifs. Ils gagneraient à être utilisés en parallèle pour un meilleur filtrage des réponses non fiables.

[*] LAPEYRE A., MALAS Z., GUIOT D., Le satisficing dans les enquêtes par questionnaire : Mesures et effets sur la qualité des réponses, Revue Française du Marketing, Mars 2015, n°251.

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Echelles positives ou négatives ? Quels effets sur les réponses

Une recherche menée en 2015 à l'université d'Utrecht aux Pays Bas [*] a étudié l’effet de la formulation des questions échelles sur les réponses.
Les 12 expérimentations réalisées avaient comme objectif de tester des formulations variées à partir de 13 paires d’adjectifs :

  • Une formulation positive associée à une échelle de Likert croissante ; exp. Cet ouvrage est intéressant => Pas d’accord [ ] [ ] [ ] [ ] [ ] D’accord.
  • Une formulation négative associée à une échelle de Likert croissante ; exp. Cet ouvrage n’est pas intéressant => Pas d’accord => Pas d’accord [ ] [ ] [ ] [ ] [ ] D’accord.
  • Une formulation bipolaire associée à une échelle sémantique différentielle ; exp. Cet ouvrage est inintéressant => [ ] [ ] [ ] [ ] [ ] Intéressant.

Selon l’analyse statistique, les répondants ont plus tendance à exprimer leur désaccord avec les propositions négatives que leur accord avec les propositions positives ou leur choix des échelons positifs dans une question bipolaire. Ceci était vrai pour la moitié des adjectifs testés, d’où les recommandations suivantes :

  • La lecture des réponses aux questions échelles doit rester proche des formulations et éviter toute interprétation absolue. En effet, être en désaccord avec l’item « cet ouvrage est fascinant » ne veut pas dire que l’ouvrage est ennuyeux mais qu’il n’est tout simplement pas fascinant.
  • Pour bien évaluer une idée, il est recommandé de multiplier les items qui s’y rapportent (exp. Cet ouvrage est fascinant, cet ouvrage est intéressant, cet ouvrage est prenant…). Toutefois, il est déconseillé d’alterner les formulations positives et négatives pour une interprétation homogène des réponses.

De quoi apporter plus de méthode dans la rédaction du questionnaire et de précision dans la lecture des réponses.

[*] Kamoen N., Holleman B., van den Bergh H., Positive, negative, and bipolar questions: The effect of question polarity on ratings of text readability, Survey Research Methods, 2013, Vol. 7, No. 3, pp. 181-189.

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